Je me suis souvent posé la question de savoir pourquoi, le centrafricain à Bangui, même en ayant de l’argent en poche doit souffrir le calvaire pour se déplacer vers les bourgades périphériques de la capitale, comme NGUERENGOU, POKO NDERE, BOYALI, KPALONGO, SEKIA DALE, BIMON et j’en passe… La démographie galopante, l'exode rural et la difficulté de trouver un terrain loti pou bâtir une maison ont fait que de plus en plus la population et les travailleurs se retrouvent maintenant à quelques kilomètres du centre ville. Le corollaire de ce déplacement est le ballet incessant de minibus et de véhicules inqualifiables qui se chargent de transporter fonctionnaires, commerçants, paysans, voyageurs etc. Pour celui qui a déjà été au PK12, sortie nord ou au PK9, sortie sud de la ville, il a certainement été frappé par le spectacle hallucinant de ces véhicules dénommés « trafics » qui s’est offert à lui.
Mais qu’est ce qu’un « trafic » ? C’est le plus souvent une voiture qui a pendant longtemps été utilisée comme taxi dans les rues de Bangui, qui ne répond plus aux critères de sécurité, de commodités et qui a subi plusieurs transformations sur la carrosserie. Des arceaux démesurés ont été soudés au dessus du pare-brise à l’avant afin de transporter des sacs de manioc, de tarots, de bananes, de charbon, des baluchons de feuilles de manioc ou de diverses légumes et mêmes des lits et fauteuils en bois rouge. Phares, clignotants, feux de signalisation, rétroviseurs intérieurs et extérieurs inexistants. Lunettes avant et arrières fissurées ou cassées, remplacées parfois par du plastique ou pas permettant une aération de la voiture car une trentaines de passagers s’y entasse avec le même objectif qui tient en quelques mots : Pourvu que j’arrive. Tel « le radeau de la méduse », les passagers s’agrippent aux colis pour ne pas tomber et leurs pieds rasant le goudrons sortent du coffre arrière, transformé en places assises…
Pour qu’un véhicule soit utilisé comme moyen de transport, le propriétaire doit nécessairement avoir l’agrément du Ministère des Transports qui procède à la vérification de la conformité et de la viabilité celui-ci (carte grise, fiche technique, trousse de santé, extincteur en bon état,…) Pour les « trafics » un doute nous habite, car comme nous l’avons énuméré plus haut, ils ne respectent pas les critères de confort et de sécurité des passagers : Nombre de place des passagers dépassant tout entendement, plancher pourrie à travers lequel on peut voir défiler la chaussée, liquide frein remplacé par de l’eau savonneuse à cause du prix du produit, ressort à boudins renforcés avec des bouts de bois et du caoutchouc pour ne pas que la voiture touche le sol, amortisseurs détériorés depuis belle lurette. Certains « trafics » sont hybrides car composés de plusieurs parties de voiture connues (Toyota, Honda, Peugeot, Renault, Suzuki) et il serait prétentieux de les identifier par une marque donnée. Et pourtant nous pouvons affirmer que les agents de ce ministère ont déjà croisé ou emprunté ces moyens de transport d’un autre âge sur les routes nationales… Indifférence, laxisme ou pouvoir coercitif insuffisant ? Les propriétaires qui exploitent des moyens de transport doivent s’acquitter de divers impôts, au Ministère des Finances, à la Mairie pour les frais de stationnement, etc., le font – ils ? Que tire l’Etat de la prolifération des « trafics » ?
Ce qui nous attriste le plus c’est le nombre d’accidentés de la route et de mort que nous avons à déplorer dans les grands hôpitaux de la place comme l’hôpital communautaire ou l’hôpital de l’amitié à Fouh. Le pays et les familles perdent des cadres et des êtres chers dans des accidents de circulation impliquant ces trafics. Evidemment, lorsqu’un fonctionnaire est affecté d’une province à une autre et qu’il doive emmener avec lui femme, enfants, bagages et animaux, il est quelque fois obligé d’emprunter des camions de marchandises ou véhicules de tous genres car ne disposant que d’une réquisition de transport, boudée par les transporteur pour cause d’énormes difficulté pour rentrer en possession de l’argent dû. Mais que fait le Ministère en charge de la sécurité routière me direz vous ? Dans les rues de Bangui, la population est habituée aux opérations ponctuelles et musclées opposant la sécurité routière, le service des impôts, des douanes à ces transporteurs clandestins et réfractaires. Le résultat est éphémère car les forces de l’ordre eux même voyagent sur ces « trafics » avec Kalachnikov et munitions bien en évidence.
Notre pays appartient à une communauté régionale bien déterminée, la CEMAC, ne pourrait – on pas s’inspirer de l’expérience des pays voisins (Cameroun, Congo, Gabon, etc. ) en matière de transport pour le bien-être des centrafricains et pour que le Ministère des finances puisse adapter sa fiscalité au niveau de vie réel du centrafricain, engranger quelque chose dans la caisse de l’Etat et que nous n’ayons pas plus à dénombrer ces nombreux cas de morts atroces, enterrés à la va vite au bord de la route car l’état des corps le plus souvent ne permet pas leur transport ? Déjà que nous connaissons beaucoup de problème avec notre réseau routier à cause de la pluviométrie abondante de notre pays, ne pourrait – on pas saisir et détruir ces véhicules recomposés qui représentent à notre avis un véritable danger pour la population et les envoyer directement à la casse ?
Une alternative qui s'offre à ces transporteurs, est qu'ils peuvent utiliser uniquement leurs véhicules pour le transport des marchandises comme le font déjà certains dans leur corporation. Cela éviterait les membres ankylosés, les accidents tragiques et autres désagréments. Passagers et marchandises seraient dissociés et ne se retrouveront qu'à destination. Des bus viables pour le transport des personnes doivent être envisagés évidemment. Les photos ci-dessous prouvent que c'est une expérience déjà vécu par des commerçants de manioc quitrouvent tout à fait leurs comptes.

En rédigeant cet article nous souhaitons que nos autorités se penchent un peu sur le sort quotidien des centrafricains. La souffrance semble être devenu le lot de nos compatriotes. La vie est difficile pour nous autres qui sommes de surcroît dans une situation d'enclavement géographique mais avec un peu de volonté et d'initiatives nous pouvons remédier à ces situations pénibles. Nos opérateurs économiques peuvent se conformer aux décisions prises par l'Etat. Nous sommes convaincus que cela est plausible et réalisable. Un peu de dignité pour nos mamans qui voyagent recroqueviller dans les coffres arrière des véhicules tels des réfugiés fuyant un conflit. Après les durs labeurs des travaux champêtres, il leur faudrait quand même un peu de confort pour reposer leurs vieux membres.







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